Congo- Les Forces armées canadiennes en République démocratique du Congo

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Description

Collection d'entrevues avec des vétérans des Forces armées canadiennes racontant leur expérience du service militaire en République démocratique du Congo. Les vétérans de ce vidéo sont : Bob Terry, Fred LeBlanc, Ed Dubinski, Ron Knapton, Bert Diamond et James Gratto.

Transcription


Le choc culturel a été énorme, et je pense que personne n’y était préparé.

Honnêtement, tout ce que je savais du Congo, c’est que c’était en Afrique.

Partout, c’était la jungle, mais Léopoldville était probablement la plus grande ville d’Afrique à l’époque.

En avion, je n’en croyais pas mes yeux : une magnifique ville au milieu d’une mer de végétation.

Tout d’abord, je m’attendais à voir des huttes, vous savez, des villages. Je n’avais aucune idée de ce qu’on allait trouver. Léopoldville, c’était comme ce qu’on voit en Europe. I¬l y a des immeubles et des maisons qui en meilleur état que ce que nous avions. Quand j’ai vu ça, j’ai dit : « Qu’est ce que c’est que ça? » Mais quand on sort de la ville, de Léopoldville, c’est différent. C’est le jour et la nuit.

Quand on demandait aux gens là bas qui ils étaient et d’où ils venaient, ils nous donnaient leur nom, puis le nom de leur village ou celui de leur tribu. Ils n’étaient pas Congolais, mais bien Bacongo ou Bantou, ou autre.

Ils étaient les serviteurs des Belges, et ils les servaient bien. Pour le temps que ça aura duré, ils ont eu un peu de travail. Ils tondaient le gazon, servaient les boissons et préparaient les repas. Les Belges, qui leur avaient montré à faire ces choses, vivaient comme des rois.

Le peuple congolais voulait son indépendance. Le pays était dirigé par les Belges, c’était une colonie de la Belgique. Une entente a été conclue prévoyant que, à une certaine date, les Belges remettraient le gouvernement, le pays entre les mains des Congolais. Les Belges devaient rester pendant un certain temps pour superviser le fonctionnement du gouvernement. Mais des seigneurs de guerre ont voulu prendre le pouvoir.

Les Belges sont partis laissant voitures et maisons derrière. Les Congolais s’en sont emparés.

Dans les maisons, tout était encore là, même un veston sur le dos d’une chaise, parce que les Belges n’ont pris que leurs objets précieux. S’ils étaient restés plus longtemps, ils auraient été massacrés.

Mais la haine qu’il y avait dans les coeurs, la haine que chacun ressentait pour l’autre ne s’est jamais vraiment dissipée.

On était gardien de la paix. On avait des munitions, mais notre arme ne pouvait pas être chargée.

Notre travail consistait à assurer les communications. On était armé pour se protéger.

Il fallait patrouiller pendant la nuit. C’était risqué parce qu’on était là, au beau milieu de nulle part, et on ne voyait absolument rien. On avait cinq cartouches dans une mitraillette, et on ne pouvait pas s’en servir à moins que notre vie ait été en danger.

Certains disaent : « T’en fais pas, personne va t’ennuyer, parce que tu portes un béret bleu. » D’accord. Ou un insigne bleu qui dit que tu fais partie des Nations Unies. Pour certaines personnes, cela ne veut absolument rien dire; il faut être prudent.

On développe des instincts qu’on ne pensait pas avoir, mais que nos ancêtres d’il y a mille générations avaient, probablement. On devient primitif. On passe au mode survie.

J’ai vu des enfants et des adultes se battre pour de la nourriture dans les poubelles, et les adultes repoussaient les enfants, sauf si c’étaient les leurs. Naturellement, c’est de survie qu’il est question.

J’y pense et je me demande ce que j’ai fait de bien là bas. Vous savez, « Pourquoi est ce qu’on est allé là bas ? »

Le jour de notre départ, on se rendait à l’aéroport à bord de nos camions, on n’avait pas gagné. On quittait le pays, mais on était toujours armés; pour se défendre si on s’était fait attaquer.

On y pense, on se dit : « J’ai perdu mon temps là bas. » Mais est ce que j’ai vraiment perdu mon temps ? Je ne sais pas.

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