Description
Collection d'entrevues avec des vétérans des Forces armées canadiennes racontant leur expérience du service militaire dans les Balkans. Lés vétérans dans le vidéo sont : Darcy Neepin, Ross MacDonald, John Bilinskis, Steven Gasser, Allan Roberts, Clint Slusar, Robert Wiseman, Jesse Adair, Lewis MacKenzie, Denis Allaire, James Fraser, David Ott, Perry Campbell, David Laxton, Alfie Bojalil et Darcy Grossinger.
Transcription
Le premier jour là-bas on a été bombardé, alors on a eu notre baptême de feu immédiatement.
On était les premiers Canadiens bombardés depuis la guerre de Corée.
C’est devenu très réel, très vite.
Ç’a probablement le choc le plus dur de toute ma vie.
Des tirs de mitrailleuses constants et des combats partout autour de nous.
C’était, comme disait CNN à l’époque, l’endroit le plus dangereux sur la Terre.
En tant que gardien de la paix, on est sans cesse exposé au danger, on est une cible mouvante. C’est ce qu’on a en tête, et on l’accepte. On ne peut pas être gardien de la paix et se cacher dans son véhicule.
Je pense qu’on est chanceux d’être Canadiens. On peut au moins occuper une position neutre. Je pense que ce serait très difficile si on n’acceptait pas cette situation, si on ne faisait pas preuve d’impartialité; je crois qu’on aurait beaucoup de difficulté.
On n’était pas là pour dire à quiconque ce qu’il devait faire, alors on a été le premier contingent à traverser la ligne d’affrontement.
Le but premier, outre le maintien ou le rétablissement de la paix, est de réduire le plus possible la violence.
On voyait passer un autobus, et on entendait un coup de feu. L’autobus se rangeait, et les gens en sortaient un corps. Il y avait des tireurs embusqués qui tiraient sur des femmes et des enfants innocents. Ça n’avait aucun sens.
Je pense qu’on ne peut pas parler de maintien de la paix. Ça ne s’applique pas vraiment.
Tout ce qu’on voyait c’était la mort, la destruction et le carnage. Que ce soit le jour, la nuit; à toute heure. Il n’y avait pas de paix à maintenir là-bas.
Quelle façon de vivre !. L’air en Bosnie... tous les matins quand je me levais, il y avait une odeur nauséabonde. C’était comme un égout à ciel ouvert, c’était la mort.
Ce n’était un pays en voie de développement, c’était un pays développé qui essayait par tous les moyens de s’autodétruire. C’était très réussi.
Et à peu près tout le monde nous détestait. On était une force de protection qui ne protégeait personne. On apportait des vivres et des médicaments, c’est tout.
Il y avait beaucoup de cette horrible épuration ethnique. Les animaux de compagnie, le bétail, tout... Si on allait dans un village qui avait subi un nettoyage ethnique, tout était mort.
La vie d’un Serbe n’avait aucune valeur pour un Corate. Ils étaient des saletés.
Ils se marriaient entre eux avant, et là, des parents se retrouvaient face à face, luttant l’un contre l’autre.
Difficile de déterminer qui est l’ennemi là-bas, ils sont reliés par le sang. Ce n’est pas l’Est contre l’Ouest, il y a trois ou quatre ennemis différents.
Certains soldats étaient des enfants. J’ai vu des enfants de pas plus de 12 ans dans des vêtements qui ne leur faisaient même pas, avec une arme sur l’épaule. On les voyait et on se disait « Quelle honte ! »
Quand on voit un côté utiliser les enfants d’un autre groupe comme bouclier ou comme pion...
Qu’est-ce qu’on voit ? Notre enfant. Et si on n’a pas d’enfant, on voit les enfants de ses amis. Tout ce qu’on voit, c’est un enfant; ce n’est pas un enfant bosniaque ni un enfant serbe, juste un enfant.
Parfois, j’aimerais revenir en arrière, y retourner et sauver une vie, mais ce n’est pas possible.
Ç’a touché tout le monde de façon différente, mais ç’a touché tout le monde. Il n’y a aucun doute.
Ensuite, ils ont fait un bout de chemin et ils ont commencé à vivre ensemble. Pendant ma dernière mission, en 2000, honnêtement, je voyait une différence. Le pays revenaient à la normale, à la routine. Ils recommençaient à vivre entre voisins. Vous savez, je pense que ces gens n’ont pas souri pendant environ 10 ans, et finalement on les voyait revivre.