Entrevues des héros se racontent Vétérans sino-canadiens
Une vaillance rare, Des héros malgré eux, Des soldats méconnus.
Ce sont les expressions qui décrivent les Sino-Canadiens et les Sino-Canadiennes qui ont pris part à la Seconde Guerre mondiale. C’est une histoire peu connue et qui nous rappelle l’époque où, à cause du racisme, le gouvernement ne voulait simplement pas que les Sino-Canadiens participent à l’effort de guerre.
Introduction
La plupart des Canadiens ne peuvent même pas imaginer qu’il fut une époque au Canada où l’on refusait aux Sino-Canadiens le droit de vote et on leur interdisait d’exercer une profession libérale. C’était cependant la réalité pour les jeunes hommes et les jeunes femmes d’origine sino-canadienne, dont la plupart étaient nés en sol canadien, lorsque la Seconde Guerre mondiale a éclaté. Pourquoi alors se sont-ils enrôlés volontairement et ont-ils risqué leur vie pour un pays qui leur refusait les droits fondamentaux que nous tenons aujourd’hui pour acquis?
Écoutez ces vétérans qui parlent franchement de leurs efforts durant la guerre. Leurs souvenirs constituent un témoignage des Sino-Canadiens qui, sciemment ou non, ont apporté au Canada des changements socio-politiques fondamentaux.
Mary Ko Bong
Sa famille a été l'une des rares familles à voir tous ses fils s'engager dans l'armée, mais Mary l'intrépide fut la première à le faire. Elle s'est engagée dans le Service féminin de l'Armée canadienne où elle a servi comme mécanicienne d'instruments.
Entrevue
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Mary Ko Bong (entrevue) - Transcription
Larry Wong (Intervieweur)
Mary a grandi au sein d'une famille chrétienne pratiquante à Victoria. Elle allait dans une école ségréguée réservée aux Chinois. Sa famille a été l'une des rares familles à voir tous ses fils s'engager dans l'armée, mais Mary l'intrépide fut la première à le faire. Pendant la guerre, vous et vos frères, vous êtes-vous engagés dans l'armée à peu près en même temps?Mary Ko Bong (Interviewée)
Oui, je... oui, c'est bien ça. En fait, je me suis engagée, je… je me suis enrôlée avant John.Larry
Oh! vous avez donc été la première à le faire.Mary
(Rires) Et oui. Je crois que j'ai donné son vote au bureau de conscription. Oui, j'étais comme ça; quelqu'un a dévoilé le pot aux roses. Je ne leur aurais pas dit avant de… avant de partir, vous savez.Larry
Vous vous êtes donc engagée à Vancouver.Mary
Non, à Victoria.Larry
Oh à Victoria.Mary
Oui.Larry
Je vois. D'accord. Vous ont-ils acceptée facilement parce que vous étiez Chinoise?Mary
Pas jusqu'à la fin de la... comment dit-on déjà?... Je ne sais pas comment on appelait cela à l'époque, la discrimination, je crois. Ils... ils n'acceptaient aucune minorité visible jusqu'en 42, il me semble... voire jusqu'en 43.Larry
D'accord, et quel métier avez-vous appris à l'armée?Mary
J'ai appris le métier de mécanicien d'instruments.Larry
Et en quoi cela consistait-il exactement?Mary
Je m'occupais d'optique et de choses de ce genre, j'étais dans les jumelles et les compas.Larry
Mais, on vous a fait suivre une formation ailleurs pour apprendre ce métier, n'est-ce pas?Mary
Nous... nous avons été formés à Hamilton, à Barrie Field. Nous sommes partis de zéro en quelque sorte. Nous devions apprendre à savoir... savoir utiliser une machine.Larry
De quel type de machines s'agissait-il?Mary
... Et nous avons dû apprendre à nous servir d'un tour parce que nous devions fabriquer des pièces, lorsqu'il manquait des vis ou d'autres parties que nous étions capables de fabriquer, et nous avons appris à le faire. Ce n'était pas si dur de fabriquer des jumelles finalement.Larry
Il s'agissait donc d'un domaine très spécialisé?Mary
Oui, en effet, c'était un domaine plutôt spécialisé. En fait, ce cours n'a été suivi que par deux groupes. Il durait environ six mois et il comptait environ une trentaine de jeunes filles à chaque fois qui venaient de chaque région. Mais, sur ces trente jeunes filles, il me semble que dans chaque groupe, il n'y en avait que cinq qui obtenaient leur diplôme.Larry
Vous voulez dire qu'il n'y avait que des femmes dans ce domaine très particulier?Mary
Oui, tout à fait. Il y avait bien des garçons là-bas, mais ils divisaient les filles en deux groupes, je crois. C'était donc très... comment pourrait-on dire... intense? Et si vous ne connaissiez rien à la mécanique ou aux outils ou aux choses du même genre, c'était une chose plutôt difficile à avaler. Il y en avait qui abandonnaient et un petit nombre réussissait à obtenir son diplôme, et bien sûr il y avait ces personnes spécialisées qui… Ce qui était bizarre c'est que chaque groupe comptait deux maîtres, deux personnes qui avaient une maîtrise en… mathématiques. Ainsi, dans notre groupe, nous en avions deux, et le premier groupe en avait deux aussi, et ils travaillaient sur le télémètre, c'était leur appareil secret.Larry
Mary, j'ai cru comprendre que vous aviez fait des spectacles dans l'armée canadienne.Mary
J'avais étudié le chant et la danse, et j'avais donc une formation classique dans les deux disciplines, ainsi que le jazz.Larry
Aviez-vous de nombreux admirateurs qui vous suivaient?Mary
(Rires)) Non, non, non. C'était un peu contraire aux usages, vous savez. Donc… mais, j'ai certainement réussi, en quelque sorte, à les surprendre, la plupart du temps.
Marshall Chow
Contrairement à ce qu'on a fait dans le cas de ses camarades sino-canadiens sur la côte Ouest, on n'a pas sourcillé au bureau d'enrôlement en Alberta quand Marshall s'est engagé en 1941. Marshall Chow, à qui on a permis de choisir ses fonctions, a choisi la radio et la télégraphie sans fil, pensant qu'il apprendrait au moins un métier pendant son service dans les forces armées. Son programme d'entraînement de base a débuté à Camrose et a été suivi d'affectations à Edmonton, à Calgary et à Kingston. Peu de temps après, le petit gars des Prairies était fourré à Halifax dans la cale du Louis Pasteur, en partance pour l'Angleterre.
Marshall a passé la majeure partie de la guerre à servir en Europe. Chaque fois qu'il était en congé, qu'il enfile ses patins en Écosse ou se fasse des amis parmi les gens du coin, il le faisait tout fièrement dans son uniforme canadien.
Entrevue
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Marshall Chow (entrevue) - Transcription
Ramona Mar (Intervieweuse)
La photo de l'adolescent Marshall Chow fréquentant l'école secondaire d'Elk Point, en Alberta, montre qu'il était le seul Asiatique de sa classe de 13 étudiants. Marshall ne faisait pas, heureusement, l'objet de discrimination raciale. Comme ses condisciples, Marshall jonglait avec l'idée de fréquenter l'université jusqu'à ce que les événements mondiaux touchent même les plus petites localités des Prairies.Marshall Chow (Interviewé)
Bien à l'école secondaire je suivais le euh début de la guerre, la Seconde Guerre mondiale, et j'entendais à la radio toutes les pertes qu'on avait dans euh l'océan Atlantique, notre tonnage, tous les navires et ça n'avait pas l'air de trop bien aller pour nous. J'ai pensé, bien, les Allemands pourraient traverser et conquérir l'Angleterre, puis traverser et conquérir le Canada et les États après. Bien, le sentiment, j'imagine, tout le monde entrait dans l'armée vous savez alors mon sentiment n'était pas très différent. J'veux dire j'imagine qu'on allait qu'on allait à l'aventure et puis évidemment, puis on craignait que les Allemands puissent nous envahir, vous savez, alors et de cette manière c'est un genre de patriotisme, j'imagine, en parlant du patriotisme, on est prêt à risquer sa vie pour son pays, pour la liberté et et la justice.Ramona
Contrairement à ce qu'on a fait dans le cas de ses camarades sino-canadiens sur la côte Ouest, on n'a pas sourcillé au bureau d'enrôlement en Alberta quand Marshall s'est engagé en 1941. Marshall Chow, à qui on a permis de choisir ses fonctions, a choisi la radio et la télégraphie sans fil, pensant qu'il apprendrait au moins un métier pendant son service dans les forces armées. Son programme d'entraînement de base a débuté à Camrose et a été suivi d'affectations à Edmonton, à Calgary et à Kingston. Peu de temps après, le petit gars des Prairies était fourré à Halifax dans la cale du Louis Pasteur, en partance pour l'Angleterre.Marshall
Bien j'ai eu le mal de mer (rires). Un jour j'ai eu le mal de mer et ça. Pendant qu'on mangeait, la vaisselle glissait d'un bout de la table et puis revenait (rires). Très très dur. Très dur euh la mer, l'Atlantique. Pire que le Pacifique.
On était cordés comme des rats là-dedans. Le navire transportait quinze mille soldats et on était dans le fond et et je n'aimais pas dormir dans un hamac parce que c'est courbé. On dort là-dedans, on n'est pas capable de marcher droit le lendemain. Alors j'ai dormi là sous la table à dîner à dîner. C'était droit, et c'était un peu plus confortable.Ramona
Une fois en Angleterre, Marshall a poursuivi son programme d'entraînement d'opérateurs préposés aux transmissions sans fil avec le Corps royal canadien des transmissions. Il a appris les transmissions, une tâche essentielle, mais qui mettait en péril les opérateurs.Marshall
Alors on pouvait nous demander de renvoyer des messages à l'infanterie n'importe quel message qu'ils voulaient envoyer, alors les transmissions c'est ce qui est le plus important, je pense, parce que c'est le nerf de la de la guerre. Sans transmissions, on ne peut pas faire la guerre. On ne sait pas où on est ou bien où sont ses troupes, ou à quel endroit attaquer et tout ça, alors ils (les Allemands) essayaient de euh - pas tant en Angleterre, que sur le théâtre de guerre, ils essayaient de bombarder tous les réseaux de transmissions alors ils venaient nous bombarder assez souvent parfois.Ramona
Votre travail dans le domaine des transmissions était tellement vital durant la guerre. Aviez-vous l'impression que, vous savez, vos gars étaient plus exposés à une attaque?Marshall
Oh ouais, oh ouais, on a été bombardé. La euh, je me souviens, sur la sur la rivière Arne, pas loin de Caen. Caen était à seulement cinq milles de la tête de pont et euh on a été arrêté là pendant un bout de temps et les Allemands avaient l'habitude de nous survoler en avion, d'éclairer tout le ciel, de larguer des fusées éclairantes, vous savez, aussi brillantes que ça, et on devait évidemment, quand ils venaient bombarder, on devait vite plonger dans les petites tranchées, plonger dans les petites tranchées d'environ trois pieds de haut. Ça pouvait contenir à peu près deux ou trois personnes mais j'me souviens très bien de ce moment-là, bien, quand on regardait dans le ciel, c'était tout éclairé comme ça. On pensait, « bon le pilote peut pas me voir ». Et on pensait, « il ne peut pas non plus larguer la bombe là-dedans », et j'me rappelle une fois qu'un des gars derrière moi, son genou, sa jambe tremblait comme ça, j'pouvais sentir la vibration. On a ri après.Ramona
Marshall a passé la majeure partie de la guerre jusqu'au jour de la Victoire en Europe sur le continent. Destiné à apprendre toute sa vie, Marshall se souvient bien de ses départs en permission. Qu'il enfile ses patins en Écosse ou se fasse des amis parmi les gens du coin, il le faisait tout fièrement dans son uniforme canadien.Marshall
Oh c'est sûr, j'ai des photos de toutes mes petites amies j'veux pas vous les montrer (rires). J'peux vous les montrer si vous voulez les voir. (Il faut s'amuser un peu) Oh ouais. Évidemment il faut s'amuser, tirer le meilleur parti de la vie, vous savez.Ramona
Conscient de sa chance à la fin de la guerre, Marshall était très heureux de retourner en Alberta après quatre ans d'absence.Marshall
Oh c'était un sentiment magnifique. Quand euh, quand notre train est arrivé à Edmonton à quatre heures du matin, à quatre heures du matin! j'ai dit, « Bon sang! On va j'vais retourner au vieux restaurant où j'avais l'habitude d'aller sur l'avenue Jasper, manger du bacon et des oufs ». Ça été un vrai régal. Oh ouais! Du bacon et des oeufs.Ramona
Considérez-vous qu'on vous a assez remercié? Pensez-vous que les Canadiens vous sont sont reconnaissants de ce que vous avez fait?Marshall
Oh ouais. Oh ouais. Je l'pense. Hier j'ai rencontré un gars. Il m'a dit, « Merci d'avoir combattu pour nous ». Ça m'a ému.Ramona
Avez-vous commémoré le jour du Souvenir et y avez-vous participé? (hum hum). Dans quelle mesure est-il important pour les Canadiens de vous dire « Merci »?Marshall
Très important. On ne reçoit pas tant que ça de remerciements. Seulement quelques personnes reconnaissent ce qu'on a fait, expriment leur reconnaissance.Ramona
Je vous remercie.
Daniel Lee
Pendant que son escadron s'occupait de livrer le précieux courrier aux troupes canadiennes, le travail de Dan consistait à entretenir les moteurs du 168e Escadron de transport lourd. Il a continué à faire la même chose qu'il avait commencé à faire en 1943 à Bigginhill, en Angleterre, jusqu'à la fin de la guerre en Europe.
Entrevue
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Daniel Lee (entrevue) - Transcription
Ramona Mar (Intervieweuse)
À bien des égards, Daniel Lee a gardé l'énergie et la détermination du jeune homme de 22 ans qu'il était lorsqu'il s'est enrôlé dans l'ARC en 1942. Bien sûr, malgré le fait qu'il avoisine les 85 ans, il rentre toujours dans l'uniforme qu'on lui a remis il y a de ça des années. Dan a tout de même dû s'armer de volonté pour obtenir cet uniforme. Fils d'horloger, Dan était le 11e enfant d'une fratrie de 14, et il a été élevé en partie par son grand-père, le révérend Chan Yu Tan, un des premiers missionnaires méthodistes en Colombie-Britannique. Armé de son diplôme d'études secondaires et des enseignements de son grand-père, Dan a voulu s'engager dans la Force aérienne en 1940, mais en vain.Daniel Lee (Interviewé)
À l'époque, j'ignorais. cela s'expliquait par l'application des décrets et des règlements royaux. La Grande-Bretagne avait décrété qu'aucun Asiatique ou autre personne de couleur ne pouvait faire partie de la Marine ou de la Force aérienne, mais on pouvait. On pouvait s'engager dans l'Armée de terre parce que nous étions considérés comme des étrangers depuis la Loi de l'immigration chinoise de 1923.Ramona
Découragé par une loi dont il ignorait tout, Dan a pris le train pour partir à Toronto où il s'est inscrit à un cours de mécanicien d'avions à la Central Technical School. Ayant obtenu son diplôme en 1942, il est retourné au bureau de recrutement. Entre temps, l'ARC avait fini par accepter les Sino-Canadiens et Dan a finalement pu y rentrer.Daniel
Ils m'ont affecté à... Rockcliffe lorsqu'ils. lorsqu'ils ont mis en service le 168e Escadron de transport lourd. C'était en... en 1943. À l'époque, la marine marchande alliée accusait de nombreuses... pertes (il se racle la gorge) à cause des sous-marins allemands. Ils coulaient nos navires, et le moral était. il était au plus bas, partout en Europe, car nous ne recevions aucune lettre de notre famille. On s'est donc dépêché de créer notre escadron pour remédier à cette situation.Ramona
Pendant que son escadron s'occupait de livrer le précieux courrier aux troupes canadiennes, le travail de Dan consistait à entretenir les moteurs du 168e Escadron de transport lourd. Il a continué à faire la même chose qu'il avait commencé à faire en 1943 à Bigginhill, en Angleterre, jusqu'à la fin de la guerre en Europe. Lorsqu'on vous écoute parler, on a le sentiment qu'une fois que vous rejoignez, que vous avez rejoint l'escadron, cela vous correspondait assez bien, que vous vous êtes bien adapté.Daniel
C'est juste que, vous savez, il y avait plutôt beaucoup. beaucoup de travail à faire et. Il y avait une chose que nous devions utiliser, lorsque vous avez les mains tellement, tellement, tellement sales et que vous travaillez, et c'était la seule chose que nous pouvions utiliser - pour laver les moteurs et le reste. Nous devions utiliser. de l'essence. Et nous en avons utilisé tellement de fois, vous savez c'est vraiment très mauvais pour les mains, surtout que nous ne portions aucune tenue de protection. Et maintenant que je suis plus vieux, maintenant je m'en rends compte. Je m'en rends vraiment compte. Ça arrive. Les effets apparaissent après.Ramona
Dan se trouvait à sa base aérienne en Angleterre le jour de la Victoire en Europe, mais il a attendu que la guerre soit totalement terminée dans le Pacifique avant de vraiment célébrer la victoire. Après tout, deux de ses frères suivaient déjà un entraînement en Inde pour pouvoir combattre en Asie, et Dan s'est vite engagé pour partir les rejoindre. Avant qu'il ait pu arriver à destination, la bombe atomique a été lancée, et les Japonais ont capitulé.
De retour chez lui au Canada, Dan s'est retrouvé parmi tous les autres vétérans qui essayaient de s'adapter à un monde d'après-guerre, mais il n'y avait pas assez de travail pour les mécaniciens en aéronautique, et Dan a finalement repris l'entreprise familiale en travaillant comme épicier à Toronto, où il s'est marié et a fondé une famille. Depuis qu'il a pris sa retraite à Vancouver, Dan est devenu un activiste communautaire inlassable. En tant que membre de l'unité 280 du Pacifique de l'Armée de terre, de la Marine et de la Force aérienne, il a représenté son unité à Ottawa en 1994, lorsque pour la première fois les Sino-Canadiens ont été invités à participer aux cérémonies nationales du jour du Souvenir. Plus récemment, il a aussi voyagé en Chine et aux Pays-Bas, où il a assisté au 60e anniversaire de la libération des Pays-Bas.Daniel
Mais aux Pays-Bas, les Hollandais éprouvent une reconnaissance réelle envers les Canadiens et pour ce qu'ils ont fait pour eux. Donc,. et ils traitent les Canadiens comme s'ils faisaient partie des leurs. Et, aux Pays-Bas, vous pouvez voir flotter plus de drapeaux canadiens que, que n'importe où au Canada. Et cela vous donne. quelque part, vous êtes tout de suite touché.
Il y avait un cimetière de guerre canadien. Une jeune fille était là. Elle a dit, je lui dis, « Oh, vous, les Hollandais, vous entretenez vraiment bien toutes ces tombes. » Elle a dit : « On nous a appris à le faire à l'école lorsque j'avais, » elle a dit, « Lorsque j'avais cinq ans, et. pourquoi les Canadiens sont morts pour eux. Et maintenant, je viens ici chaque année. J'ai 23 ans maintenant. Je continue encore à venir entretenir les tombes. »Ramona
Dan organise chaque année la campagne du Coquelicot à Vancouver; c'est une façon de montrer son dévouement à la collectivité. Cela n'a d'ailleurs rien de surprenant. C'est un très bon vendeur. Dan fait aussi des exposés dans les écoles élémentaires. Il dit que nous avons besoin de comprendre notre passé, notre histoire pour pouvoir en tirer des leçons.Daniel
Donc, c'est la raison pour laquelle je pense que nous devrions modifier notre système éducatif en ce qui concerne. l'histoire. les études sociales. Et tout le monde devrait le faire à son niveau. Pour être un bon citoyen, il faut commencer à l'être chez soi. Autrement dit, un pays est comme une famille. Tout le monde doit être heureux au sein de son foyer, sinon le pays aura des problèmes.Ramona
Pour le récompenser de ses efforts au sein de la collectivité, Dan a remporté de nombreux honneurs, mais aucun n'égale le prix d'excellence que lui a remis la Direction nationale en 2004. C'est un hommage qui est tout à fait mérité par ce petit-fils qui doit incontestablement ses valeurs et sa profonde foi dans la collectivité au pionnier de l'Église méthodiste, qu'était son grand-père Chan.
Peggy Lee
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Peggy était la plus jeune membre au sein du Corps féminin d'ambulanciers. Après la guerre, elle connut une brillante carrière de femme d'affaires et tout en étant une fervente activiste communautaire.
Entrevue
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Peggy Lee (entrevue) - Transcription
Peggy Lee (Interviewée)
Et bien, mon père venait de la province de Canton, et il est venu ici et il a construit la voie ferrée. Je sais. Je pense que ça devait être vers la fin du XIXe siècle ou au début du XXe siècle, et la voie ferrée s'arrêtait alors à Prince Rupert. Elle n'a jamais été plus loin. Et cela explique que mon père a commencé à tenir un magasin et c'est comme ça que nous avons atterri à Prince Rupert, et c'est là que nous avons passé la plus grande partie de notre vie.Wesley Lowe (Intervieweur)
On pourrait penser que vu que Peggy Lee grandissait dans le village de pêcheur de Prince Rupert, elle aurait été protégée des inquiétudes de la guerre. Pourtant, même ici, la peur et la suspicion ont réussi à étendre leurs longs tentacules jusque chez vos voisins.Peggy
Je travaillais dans une épicerie, vous savez, une sorte de grossiste, après le travail ou avant lorsque j'ai arrêté l'école. Nous allions tous à la même école, vous savez. Pour tous les Japonais, c'était pareil. J'avais l'habitude d'aller à l'école avec cette fille japonaise qui s'appelait Emily et son frère... Tamanaka, je crois. Yamanaka. Ils avaient une épicerie et il avait l'habitude de passer me voir et la seule chose que je ressentais c'est qu'il aurait été si. à cette époque, les Japonais étaient en train de prendre le contrôle de la Chine, vous vous rappelez? Et il venait sans arrêt se battre avec mon patron. Et il me disait toujours « Le Japon ne veut pas se battre avec la Chine. Nous voulons juste être son grand frère. » Je lui répondais, « Vous, un si petit pays, vous voulez être le grand frère de la Chine? Vous savez? » Vous vous souvenez des navires qu'ils ont fait venir le long de la côte? Les Japonais? Ils étaient là pour faire la guerre.
Pourquoi auraient-ils fait venir ces trois bateaux jusque-là? Ils dressaient la carte de la côte avec l'objectif de venir nous envahir. C'est pour cette raison qu'ils ont envoyé les Japonais dans tous les. à l'extérieur de la. la. Colombie-Britannique, vous vous rappelez? Ou loin de la côte, et ils avaient une bonne raison pour le faire.Wesley
Qu'avez-vous fait pendant la Seconde Guerre mondiale?Peggy
La guerre avait déjà commencé à Prince Rupert. Nous avons diverti des soldats. Je ne savais pas, je ne savais pas lire un mot de Chinois, mais je suivais la chanson, vous savez? Et j'avais tout ce petit monde et nous. à l'église et nous divertissions les soldats.
... Et à la fin de 1939 ou de 1940, je suis arrivée à Vancouver. Et là, un jour, la sour du docteur Chu, Peggy. « Ils vont créer l'Ambulance Saint-Jean, tu sais, pour les femmes? Ça te dirait d'y aller? » Et j'ai répondu, « Oh, oui. J'aime faire ce que je peux, également. » Vous savez, à l'époque, le docteur Gung, le docteur Chu et le docteur Yip, étaient les trois seuls médecins chinois qui pratiquaient à Vancouver ou en Colombie-Britannique, vous voyez; et ils étaient tous très bons. Ils travaillaient bénévolement. Nous avions un assez joli peloton.
À l'époque, vous savez, je coupais aussi les cheveux des travailleurs de guerre à North Vancouver. Ils venaient toujours assez tard, et nous n'avions pas le droit de rester ouverts après une certaine heure, mais on me laissait. m'occuper d'eux. Vous savez, Rosie le riveur. qui sont tous. c'est. en quelque sorte, c'est lorsque les femmes ont trouvé leur place en sortant de leurs foyers pour aller travailler. Mais, de toute façon, pour en revenir à l'Ambulance Saint-Jean, c'était très, très. J'étais si heureuse d'en faire partie. On nous a même appris à marcher au pas.
Nous avons suivi le cours de.J'ai suivi celui sur les signaux du code Morse, nous ne l'avons jamais terminé, et j'ai aussi suivi le cours de lutte contre l'incendie et nous devions glisser (rires); c'était. bref, c'était plutôt amusant. Ensuite, je suis devenue. Nous avons suivi le cours à l'Ambulance Saint-Jean pour choisir les soins à domicile. J'ai obtenu mon diplôme et j'étais aussi brancardière. Le jour où les soldats sont partis outre-mer., ça se passait en bas de la rue Hastings, et je connais tous les soldats que vous voyez au musée. Ils étaient., vous savez, plus âgés que moi - d'un an ou deux, mais pas de beaucoup. Puis, je suis rentrée à la cantine de la rue Burrard. C'est là que j'ai appris à faire la vaisselle, à préparer des boissons rafraîchissantes, à danser avec le. les... les soldats; et j'ai fait toutes ces choses et ça a été une très bonne expérience pour moi parce que j'ai pu prendre part à quelque chose, et nous avons marché au pas à tous les défilés imaginables. Nous nous occupions des services de l'aube, et nous commencions à cinq heures du matin. Nous avons fait tout le. la grande partie de nos exercices se déroulait au manège militaire du régiment Seaforth. Vous connaissez le manège militaire de Seaforth?
Nous devions tout faire, comme s'il y avait un raid aérien. Nous avons appris à accoucher une femme. On nous a appris tout ce qu'il fallait faire si jamais la guerre était déclarée, et même à marcher dans Chinatown en cas de black-out. Nous avons fait toutes les choses que nous devrions faire si c'était la guerre, de manière à aider les gens à faire le reste.Wesley
Donc, si on vous faisait suivre une préparation, c'était uniquement au cas où le Canada serait envahi?Peggy
Oui, oui. Ils n'ont jamais dit « juste au cas où ». Ils n'ont jamais rien dit concernant le fait de nous envoyer outre-mer ou quoi que ce soit d'autre, mais nous étions le premier peloton chinois. C'était sans précédent.Wesley
Le Corps des ambulancières était totalement constitué. de femmes asiatiques, de femmes chinoises.Peggy
C'est que qui nous rendait si unique - rien que des femmes chinoises.Wesley
Comment avez-vous appris la fin de la guerre? Quelle a été votre réaction?Peggy
Oh, nous étions vraiment contents. Nous étions tous dans les rues et tout et tout.Wesley
Et bien , ils en ont parlé dans les journaux. Vous savez, je connaissais tous les journalistes, et tous ils. vous savez. nous étions tous en extase. Je me souviens de tous les rubans, c'était comme à New York, tous ces rubans qui descendaient les rues et nous marchions tous ensemble et j'étais avec ce petit ami de Prince Rupert et nous montions et descendions la rue en marchant. Nous étions juste, juste très, très heureux. Mais c'est surtout que, c'était si bon de voir les soldats revenir chez eux, vous savez? Ça faisait vraiment du bien.Peggy
Comment l'avez-vous appris?Wesley
Vous considérez-vous comme une Canadienne ou comme une Sino-canadienne?Peggy
Je suis très fière d'être Canadienne et je dois mon côté chinois à mes racines. Je suis Canadienne avant tout et je suis fière d'être Canada. de faire partie du Canada et je donnerais tout ce que j'ai pour le Canada. Vous savez que c'est vrai?
Gordon Quan
Gordon Quan, qui appartenait à une « race » à laquelle l'entrée dans les Forces armées était au départ interdite, a finalement passé toute sa carrière dans l'armée.
Entrevue
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Gordon Quan (entrevue) - Transcription
Wesley Lowe (Intervieweur)
Contrairement à beaucoup de soldats, Gordy Quan a été habité par la vocation de servir son pays au sein de l'armée tout au long de sa vie active. Il a été l'un des rares Chinois à le faire, et il réfléchit ici à ce que cela a représenté pour lui et sa communauté. Que faisiez-vous exactement pendant la guerre?Gordon Quan (Interviewé)
Lorsque je me suis engagé, nous devions être transférés de l'armée canadienne pour entrer dans les Forces britanniques, et je suis parti d'ici pour effectuer le voyage du Canada jusqu'à l'Angleterre, et j'ai passé un mois entier à préparer tous mes papiers à Londres. Et ensuite, j'ai (bande endommagée) été accepté comme spécialiste en démolition. Et donc, à partir de ce moment-là, ils m'ont fait prendre un bateau à destination de Singha Hill, en Inde. C'est ce que j'appelais, ce qu'ils appelaient, l'instruction avancée et elle durait trois mois (gazouillis d'oiseaux dans le fond). Mon. mon travail consistait à effectuer des travaux de démolition, à me rendre derrière les lignes ennemies, et... comme de faire exploser une ligne de chemin de fer ou de faire sauter. des dépôts de campagne; j'étais affecté à des choses de ce genre. Mon travail consistait à... des travaux de démolition parce qu'ils appréciaient la façon... pas la même que... comme les Forces américaines ou canadiennes. Nous opérons en petit groupe. Nous ne sommes qu'une quinzaine. Et puis, mon... nous deux cette démolition, et bien... comme mon travail consistait juste à entrer et nous y sommes allés, je devais alors me rendre en... Malaisie. Il y avait là une grande décharge d'essence que nous devions faire. exploser. pour arriver à la faire sauter. mais il s'est avéré que nous étions en route, mais... la fin de la guerre; nous avons eu de la chance en ce qui concerne la bombe à hydrogène. Si ça c'était passé autrement avec la bombe à hydrogène, je ne pense pas que je serais assis là aujourd'hui en train de parler avec vous.Wesley
Après votre retour de la guerre, vous avez travaillé quelque temps, mais ensuite vous êtes retourné dans l'armée. Pour quelle raison?Gordon
Je l'ai fait pour les raisons suivantes. Lorsque je suis rentré chez moi, il a fallu que je me trouve. vous savez. des études à faire, ou un travail. un travail où on accepterait de me prendre, car vous savez. mon niveau d'instruction à l'époque était plutôt limité. On m'a donc proposé de travailler pour Anciens Combattants Canada. Là, on avait la possibilité de suivre des cours et le seul cours que j'ai choisi concernait le domaine de la mécanique, et il me correspondait bien, car j'avais toujours été un bon spécialiste en démolition, je savais me servir de mes mains, et j'ai donc choisi le métier mécanique.
Il y avait un type qui appartenait à la milice dans. dans les Forces canadiennes. Il. il m'a demandé si cela me dirait de venir le voir et de descendre au manège militaire pour avoir une discussion avec lui et voir si je pouvais être intéressé. Lorsque je l'ai rejoint, je lui ai dit qu'il me semblait que c'était le bon moment pour moi de venir apprendre quelque chose tout en en apprenant davantage, vous savez, sur la vie dans les Forces armées. C'est comme ça que je me suis engagé, ce qui m'a donné de nombreuses possibilités. J'ai pu faire mon instruction, obtenir une occupation avec la possibilité d'en sortir pour travailler dans les rues de la ville. Si je n'avais pas obtenu ce métier grâce à mon expérience d'Anciens Combattants, je n'aurais jamais abouti dans la ville de Victoria.Wesley
Vous êtes l'un des rares Chinois à avoir fait ça.Gordon
Je crois bien que je suis le seul. Si je (rires), si je regarde les acquis dont je disposais et le service que j'ai fait, j'étais le premier Chinois dans les travaux publics. à travailler dans les travaux publics.Wesley
Mais vous avez réussi finalement.Gordon
Oui.Wesley
Vous l'avez fait.Gordon
Mais, il a fallu que je travaille dur pour y arriver (rires). J'espère que la milice sera généralisée à tout le monde dans notre pays, car elle permet de transformer des garçons en hommes. Elle fait de vous un bon citoyen et vous y apprenez forcément quelque chose. Pour ma part, c'est là que j'ai pu faire mon instruction et m'élever socialement.
Andrew Wong
Andrew Wong a été le seul marin sino-canadien à à faire partie de la marine marchande des États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale.
« J'étais à Vancouver et j'attendais un autre bateau sur lequel m'embarquer, lorsque ce Liberty américain est arrivé au port. Ils avaient besoin d'un marin, et j'ai donc été pris à bord. »
Entrevue
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Andrew Wong (entrevue) - Transcription
Wesley Lowe (Intervieweur)
Andy Wong est né à Victoria en 1925. Son père était cadre ferroviaire. Il aurait voulu plus que tout servir dans la Force aérienne, mais lorsqu'il a vu que son rêve ne se concrétiserait pas, il a cherché les autres possibilités qui s'offraient à lui et il est finalement devenu l'un des rares marins chinois de la marine marchande des États-Unis. Comment avez-vous abouti dans la marine marchande des États-Unis?Andy Wong (Interviewé)
J'ai travaillé deux années de suite sur les machines à vapeur de la Compagnie des chemins de fer du Canadien Pacifique pendant mes vacances d'été, et, à l'époque, lorsque vous étiez asiatique, vous étiez automatiquement affecté aux cuisines comme cuisinier, cambusier, ou autre. Mais, j'ai toujours aimé la mer, et je voulais monter sur le pont, pouvoir dire que j'étais marin et c'est là que je suis parti pour... Vancouver. Je suis allé sur le pont des cargos côtiers pour apprendre.Wesley
Et comment avez-vous terminé aux États-Unis?Andy
J'étais à Vancouver et j'attendais un autre bateau sur lequel m'embarquer, lorsque ce Liberty américain est arrivé au port. Ils avaient besoin d'un marin, et j'ai donc été pris à bord. C'était l'arrangement que les Alliés proposaient : ils vous fournissaient du personnel, vous faisiez le voyage, et lorsque vous reveniez une fois le navire mis hors service, vous retourniez au port pour vous engager. Alors, quoi qu'il en soit, c'est sur ce bateau que nous sommes partis en France, et puis, nous... nous... nous sommes retournés du côté américain et notre navire a été mis hors service à Mobile, en Alabama. Nous avons juste eu de la chance.Wesley
Je vois ...Andy
Nous avons vraiment eu de la chance! Il s'est avéré que le responsable du port à... à Mobile (Alabama) était en fait un ancien habitant de Toronto. Et... et il était responsable du port, ce qui correspondait à la fonction de capitaine de port, ici au Canada. Il m'a donc dit : « Oh, mais vous êtes Canadien? » J'ai répondu : « Oui. » Il m'a demandé : « Que pensez-vous des navires américains? » J'ai répondu : « Oh, ils sont vraiment luxueux. » Luxueux, ils l'étaient. De nombreux objets de valeur se trouvaient à bord. Et donc ensuite..., il a..., il m'a demandé : « Vous avez envie de rester ici? » Alors, je... je lui ai répondu : « Je ne peux pas. Je dois retourner à Vancouver où je me suis engagé. » À ce moment-là, il a dit : « Donnez-moi deux jours. Je vais voir ce que je peux faire. » Et deux jours plus tard, il est revenu sur le bateau avec une demande d'inscription et tous les documents nécessaires pour... pour devenir marin dans la marine marchande des États-Unis. Et, j'ai, j'ai rempli intégralement ma demande d'engagement, et puis, on m'a attribué un numéro de matricule. À l'époque, tous les marins de la marine marchande des États-Unis avaient ce numéro. Je suis donc devenu marin marchand, et je suis resté là-bas, en effectuant des transports de marchandises exclusivement aux États-Unis.Wesley
Comment ça se passait dans la marine marchande des États-Unis? Que, que faisiez-vous, à quoi serviez-vous pendant la guerre?Andy
Eh bien sans... sans nous, nous aurions perdu la guerre. Nous transportions tout le ravitaillement, en allant du pain aux chars, et il n'y a pas d'armée sans la marine marchande américaine comme celle du Canada. Nous étions, je veux dire, c'est nous qui transportions toutes les marchandises un peu partout, et j'ai débuté à l'extrême fin de la guerre. Et juste après la guerre, c'est nous qui avons transporté tous les approvisionnements de secours pour les apporter à tous les... pays d'Europe et du Monde entier déchirés par la guerre. En fait, je suis allé en Finlande, au Danemark, en Allemagne et en France. En fait, l'Angleterre devait... devait en principe être notre destination, et je suis allé en Amérique du Sud. Je suis même allé aux Antilles. Je suis allé en Corée. Et ainsi de suite, c'était... c'était comme ça sur le Liberty. Et nous nous sommes plutôt pas mal débrouillés avec une vitesse de pointe qui avoisinait les dix nouds, car nous n'étions pas sur un navire rapide. Vous voyez, les Américains ont construit les Liberty avec l'idée de s'en débarrasser par la suite. En fait, lorsque la guerre a commencé, ils devaient effectuer un trajet complet, et ils étaient ensuite mis hors service. Et ils en ont construit comme ça 2700 pendant la guerre, c'est colossal!Wesley
Étiez-vous considéré... comme un membre à part entière de la marine marchande? Étiez-vous... étiez-vous considéré comme un civil, ou comme un soldat?Andy
Non, nous l'étions.Wesley
Vous l'étiez?Andy
C'était simplement le travail que nous avions trouvé à faire pendant la guerre.Wesley
Je vois.Andy
Nous étions des civils.Wesley
Vous étiez des civils?Andy
Et on nous surnommait aussi les réfractaires (rires). Et nous l'étions vraiment.Wesley
Pour quelle raison... pourquoi vous surnommez-vous ainsi?Andy
Oh non, ce sont les autres qui nous appelaient ainsi.Wesley
Qui vous appelait les réfractaires?Andy
Les Forces armées, mais les militaires ignoraient le fait qu'ils devaient vraiment... compter sur nous pour le ravitaillement. Ils n'auraient pas pu livrer bataille sans nous, et nous étions la cible des sous-marins allemands.Wesley
Oh.Andy
C'est ce qui explique qu'ils voulaient se débarrasser de nous, comme ça ils auraient pu s'approprier le ravitaillement.Wesley
Les Forces armées ne vous témoignaient pas suffisamment de respect?Andy
Nous n'avons été reconnus qu'en 1990 (bruit de lampe).Wesley
Vraiment? Oh, ça... ça, c'est quelque chose.Andy
C'est vrai que..., je vous ai montré mon certificat de libération? C'est... c'est un certificat de libération des Forces armées.Wesley
Impressionnant.Andy
Jusque là, je n'avais que le certificat de libération de la marine marchande.Wesley
Si vous aviez quelque chose à dire aux jeunes, que leur diriez-vous?Andy
Investissez-vous dans la communauté. Je suppose que vous avez dû remarquer que dans la communauté chinoise, on a plutôt tendance à rester entre nous. Je leur dirais, dispersez-vous, tendez la main. C'est, c'est très... il y a plein de richesses qui vous attendent dehors. Vous apprendrez beaucoup plus de choses; vous... vous vous ferez plus d'amis et, et vous vous comprendrez mieux mutuellement.
Frank Wong
Frank Wong est né à Vancouver. Sa mission consistait à réparer de la machinerie lourde. Son tour de garde l'a amené dans différents camps, notamment en Angleterre, à Juno Beach, et, plus particulièrement, en Hollande lors de la libération.
À la fin de la guerre, Frank était en poste aux Pays-Bas, où il a pu observer la gratitude des Hollandais envers les Canadiens qui les avaient libérés. Il est revenu au pays depuis, où il a reçu de nombreuses médailles et beaucoup de fleurs, qu'il a toutes reçues avec humilité, lui qui s'était engagé comme un citoyen de deuxième classe et qui est ressorti de la guerre avec le statut de Canadien à part entière.
Entrevue
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Frank Wong (entrevue) - Transcription
Ramona Mar (Intervieweuse)
Né à Vancouver en 1919, Frank Wong était le deuxième fils d'une famille de sept enfants, et comme bon nombre de ses contemporains, son enfance a été marquée par la pauvreté et la discrimination. La vie dans la grande ville de Vancouver s'est vite transformée en vie de ghetto et son père a décidé de déménager pour installer sa famille dans le petit village de pêcheurs d'Alert Bay, sur l'île de Vancouver. Le village était isolé, mais il a tout de même été touché par les effets de la guerre lorsque Pearl Harbour a été bombardé.Frank Wong (Interviewé)
Et je me souviens que les navires de pêche japonais étaient tous rassemblés pour être dirigés sur Alert Bay, puis sur Vancouver. Et c'est seulement à ce moment-là que je me suis dit, « Mon Dieu, peut-être que je devrais y aller et m'engager dans l'armée. » Donc, après. donc en avril, j'ai pris ma décision et je me suis tout simplement engagé, sans le dire à ma famille (rires).
Vous savez, ma mère, ma mère m'aurait certainement dit, « J'aimerais bien savoir pourquoi tu désires t'engager dans l'armée, étant donné que tu n'as pas le droit de vote et. par-dessus tout, tu es considéré comme un citoyen de deuxième classe. » En fait, je. j'ai estimé que cela me regardait, et je me suis dit que si je m'engageais, cela me donnerait la possibilité que je. qu'après la guerre j'avais une possibilité d'obtenir le droit de vote. Et, c'était aussi une façon de prouver au gouvernement ma loyauté envers. envers mon pays, et. c'est certainement la raison principale pour laquelle je suis allé m'engager dans l'armée.Oui.Ramona
L'aversion de Frank pour la natation, sans compter le fait qu'il souffrait du mal de mer, l'a conduit au centre de recrutement de l'armée en 1942. Après avoir suivi un entraînement de base à Vernon, en Colombie-Britannique, Frank a fait une formation de magasinier à Barrie Field et Ottawa, et il s'est engagé dans le contingent à destination outre-mer avec le Corps royal canadien des magasins militaires.
Pendant plusieurs semaines, Frank est resté à bord du Queen Elizabeth avec le reste de la troupe. Le voyage à destination de l'Écosse prenait quatre jours et Frank n'a pas eu le temps de réfléchir.Frank
Oh non, j'étais si. J'étais si malade, comme d'habitude (rires). J'étais plus malade qu'un chien et je restais assis sur. sur le pont supérieur. Je me souviens avoir dit à mon ami. Je lui ai dit « Si. si le bateau se fait torpiller, oublie-moi, je coule avec. » (Ramona rit). J'étais. C'était. la situation était difficile, c'était dans la. la. la mer était si agitée que le navire n'arrêtait pas de tanguer avec le roulis et tout et tout. Je me trouvais en haut du pont supérieur et j'étais juste oh. Mon. mon ami avait l'habitude de venir m'apporter deux tranches de pain dur et c'était la seule chose que j'étais capable d'avaler (rires).Ramona
De retour sur la terre ferme, Frank a été affecté à Catherham sur la colline pour rejoindre son unité, l'atelier des troupes de la 1re Armée canadienne.Frank
Notre mission principale consistait à réparer l'artillerie lourde. Il y avait des canons de 5,5 pouces, des canons de 7,2 pouces et des canons de 155 millimètres, et nous devions aussi réparer leurs, leurs véhicules et leurs instruments. Et nous avions un forgeron et. et tout. et tout. C'est un second échelon. Notre unité se composait d'environ 220 officiers et de soldats. C'était une unité exclusivement mobile, où même le bureau est sur roues, vous savez. Et tout le stock est sur des camions et les réparations. Nous réparions aussi des choses comme. des fusils, des mitrailleuses, des canons antichar, etc.Ramona
Je vois.Frank
Mais notre principale. notre principale fonction était de suivre la.la.l'artillerie. Lorsque l'artillerie entrait en action, notre travail consistait à suivre les soldats - à rester à leurs côtés.Ramona
Tout au long de l'année suivante et la moitié de l'année d'après, l'unité de Frank est restée en Angleterre, en s'entraînant en permanence tout en attendant l'ordre de partir rejoindre le contingent.
Un mois après le jour J, Frank s'est entassé avec d'autres soldats dans la soute d'un Liberty pour effectuer la traversée angoissante qui devait les conduire en France. De là, Frank, le terrien, s'est forcé à sauter dans une péniche de débarquement, alors qu'il approchait de la côte normande congestionnée.Frank
Je me souviens que j'avais mon gilet de sauvetage et je me suis assuré que je l'avais bien.Il était gonflé à bloc (rires). Et je me suis dit, « À quoi ça sert? » J'avais tout mon paquetage et mes munitions de rechange et tout le reste; j'aurais certainement coulé à pic, mais.à la simple idée de.Donc, je me souviens avoir accosté, sur le bateau, et nous. nous avons débarqué sur Juno Beach. Et là, la première chose dont. ils nous ont dit de continuer à progresser dans les terres, de ne pas traîner sur la plage, de juste avancer dans les terres, parce qu'à ce moment précis, la plage était encore la proie des tirs ennemis. Ils étaient encore suffisamment proches de nous pour. et ensuite, s'il y a. nous tirer dessus. Nous avons donc continué à avancer dans les terres. Nous avons donc pénétré dans les terres, et là lorsque nous. à l'intérieur des terres jusqu'à un champ situé à environ deux. Je pense à environ deux ou trois milles dans les terres. Et là, nous avons bivouaqué pour la, pour la nuit. Je me souviens avoir préparé mon propre dîner parce que tout le monde. Nous transportions tous deux jours de provisions dans notre paquetage, nous avions un petit réchaud avec lequel nous pouvions faire chauffer de l'eau et nous avions ces. ces cubes déshydratés de viande, et autres choses de ce type (rires).Ramona
Le premier jour qui a suivi le débarquement a été à la fois angoissant et excitant. Cela n'était rien comparé à ce que Frank allait voir quelques jours plus tard dans la ville de Caen.Frank
Je me souviens que la... la ville était totalement détruite avec toute l'artillerie, et je me souviens qu'il y avait tellement de gens, de morts partout, vous savez, pas. pas enterrés et tout et tout. Et je, je me souviens encore de Caen parce que j'ai été malade ce jour-là, et que lorsque nous sommes arrivés, l'odeur était si abominable que j'ai, j'ai vomi. Vous savez, c'est la, c'est la seule fois où j'ai. j'ai vomi. L'odeur avait l'air d'être sortie d'un autre monde, vous savez, il y avait tellement de morts. C'était l'été et les combats duraient déjà depuis plus d'un mois sur cette région, un mois et demi, et l'odeur avait juste l'air de venir d'un autre monde, vous savez? Oui.Ramona
À partir de là, promu au rang de caporal suppléant, Franck a travaillé avec son unité sur le continent pendant que les Allemands battaient en retraite. Même si la fin de la guerre se profilait déjà à l'horizon, Frank se souvient s'être retrouvé sous les tirs ennemis à de nombreuses occasions.Frank
Pendant les bombardements, j'avais l'habitude d'aller sous, de descendre en sous-sol et/ou dans un trou de tirailleurs. Et là. je me souviens, c'était plutôt angoissant, vous savez., et je me souviens avoir récité le Notre Père environ un million de fois (rires) pour me donner du courage. Et j'ai relevé les yeux et j'ai vu mes amis aussi en train de marmonner. Je pense qu'ils étaient en train de faire la même chose que moi.Ramona
À la fin de la guerre, Frank était en poste aux Pays-Bas, où il a pu observer la gratitude des Hollandais envers les Canadiens qui les avaient libérés. Il est revenu au pays depuis, où il a reçu de nombreuses médailles et beaucoup de fleurs, qu'il a toutes reçues avec humilité, lui qui s'était engagé comme un citoyen de deuxième classe et qui est ressorti de la guerre avec le statut de Canadien à part entière.
Et il y a une dernière petite note à ajouter à l'histoire de Frank. Une de ses trois sours a épousé un jeune homme d'origine allemande, et Frank a découvert que le père de son beau-frère se trouvait en France au même moment que lui - tous deux combattant dans des camps adverses. Qui aurait pu penser que des années plus tard, ces mêmes soldats seraient unis par des liens familiaux?
Larry Wong
Larry Wong a été appelé à servir comme conscrit dans l'Armée en 1944, et il était le seul Chinois de son régiment. Après sa formation de base, il a été transféré dans le régiment des Fusiliers d'Edmonton. Le régiment fut envoyé à Terre-Neuve pour relever le régiment français qui y était stationné. Ils y restèrent environ six mois, puis la guerre était finie.
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Larry Wong (entrevue) - Transcription
Larry Y (Intervieweur)
Larry Wong a été appelé à servir comme conscrit dans l'Armée en 1944, et il était le seul Chinois de son régiment.Larry George Wong (Interviewé)
J'ai effectivement été enrôlé par conscription; mais, je n'étais pas considéré comme un. comme un militaire ordinaire. Je m'étais engagé un peu trop tardivement pour pouvoir me considérer comme tel, et j'avais le sentiment que le gouvernement canadien avait ignoré mon existence trop longtemps et j'avais quelques hésitations au sujet de tout cela, mais de toute façon, j'ai dépassé tout cela. Et le. mon. mon sergent m'a appris à être un militaire comme les autres. Voilà, . c'est ce qui s'est passé.Larry (Intervieweur)
Et où avez-vous été posté lorsque vous étiez dans l'armée?Larry
Après avoir suivi un entraînement de base à Halifax., je crois me souvenir qu'il a duré trois mois, à Halifax et c'était pendant l'hiver. Oh, qu'est-ce qu'il faisait froid là-bas! Il faut que je vous raconte une histoire amusante à ce propos, au sujet d'Halifax. J'ai. J'ai entendu.; on nous avait donné quatre couvertures et. nous avions un oreiller, mais., même avec une couverture en dessous de moi et trois au-dessus, j'avais encore froid. C'est alors que je me souviens. que j'ai entendu quelqu'un qui me disait que je devrais peut-être essayer de mettre du papier, du papier journal entre les couvertures et que j'aurais ainsi plus chaud. Et c'est exactement ce que j'ai fait une nuit, et le lendemain j'ai entendu des. des soldats à côté de moi qui disaient : « C'était quoi tout ce raffut de papier froissé la nuit dernière? Je n'ai pas fermé l'oil de la nuit! » J'ai. J'ai pensé que peut-être finalement. peut-être je ferais mieux de ne plus remettre de papier journal dans. entre les couvertures (rires).
Après mon entraînement de base, j'ai été. j'ai été transféré dans le régiment des Fusiliers d'Edmonton, et ils nous ont alors.nous.ils nous ont emmenés en bateau jusqu'à Terre-Neuve et c'est de là que le régiment français posté à Terre-Neuve est parti en bateau pour se rendre en Europe. Nous sommes donc restés à Terre-Neuve grosso modo. plus ou moins. six. six mois et ensuite la guerre était finie.
Et puis nous, je crois qu'on nous a ramenés en bateau au. Le régiment avait été démantelé entre-temps et j'ai embarqué dans un bateau qui m'a emmené à Winnipeg, pour rejoindre un. un régiment, le régiment Princess Patricia. Et nous y avons passé l'hiver et je me souviens d'une chose lorsque j'étais dans le. à Winnipeg, un matin j'étais au garde. au garde-à-vous et je me suis aperçu que l'une de mes oreilles était gelée. Et le sergent m'a dit que. que mes. mes oreilles étaient gelées. J'ai vraiment cru qu'elles allaient devenir toutes blanches (rires), et pendant les vingt ans qui ont suivi, j'ai ressenti des démangeaisons au niveau des oreilles à chaque printemps.Larry (Intervieweur)
Y'avait-il d'autres Chinois au sein du régiment?Larry
Dans les Edmonton, les Fusiliers d'Edmonton j'étais le seul Chinois, enfin je crois. Je ne me souviens pas avoir vu d'autre Chinois là-bas. J'ai ensuite été renvoyé vers Vancouver et j'ai été libéré de l'armée là-bas en 1948.