Année de recrutement :
1988
Affectations :
- McLennan et Red Deer (Alberta);
- Rankin Inlet et Pangnirtung (Nunavut);
- Aklavik (Territoires du Nord-Ouest);
- Edmonton (Alberta);
- Regina et Fort Qu’Appelle (Saskatchewan);
- Vancouver et Surrey (Colombie-Britannique).
Déploiements :
- Bagdad, en Irak : force opérationnelle interarmées multinationale – opération Inherent Resolve.
Médailles :
- Officière, Ordre du mérite des corps policiers (O.O.M.) – 2022
- Médaille du service général des Forces armées canadiennes – EXPÉDITION (MSG-EXP) – 2019
- Médaille du couronnement du roi Charles III – 2025
- Médaille d’ancienneté de service (35 ans) de la GRC – 2023
- Légion du Mérite des É.-U. – 2019
- Médaille de la Défense nationale (France) – 2019
- Médaille du centenaire de l’Alberta – 2005
« Mo », tout court : toujours authentique
Maureen Levy a côtoyé des personnes influentes et occupé des postes de haut rang, mais elle a toujours préféré qu’on l’appelle simplement « Mo ».
Des petites collectivités de l’Arctique aux instances de commandement militaire à Bagdad, la commissaire adjointe à la retraite de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a abordé son travail avec les mêmes questions : « De quoi avez-vous besoin? » et « Comment puis-je vous aider? »
Après avoir passé des décennies à aider les autres pendant certains des moments les plus difficiles de leur vie, elle s’est rendu compte qu’elle aussi avait besoin d’aide.
« J’étais partie en vrille en raison de l’ESPT et de la souffrance, dit-elle. Je ne voulais pas le reconnaître à ce moment-là. »
Aujourd’hui, elle affirme qu’Anciens Combattants Canada (ACC) l’a aidée à se rétablir à la suite des blessures physiques et émotionnelles subies pendant son service.
« Je suis très chanceuse, dit-elle. ACC m’a beaucoup soutenue et a été là pour moi dans les moments les plus difficiles. »
Un rêve à 14 ans
Au cours de son enfance dans le quartier North End de Halifax, Maureen Levy était timide et socialement maladroite, et sa mère l’encourageait à trouver des façons de s’épanouir. « J’avais des lunettes très épaisses et les dents croches, dit-elle. Notre situation financière était très précaire, d’autant plus que mes parents avaient eu deux paires de jumeaux en onze mois. Ils n’ont pas eu les moyens de me payer un appareil orthodontique avant ma première année d’études à l’Université Dalhousie.
Sa mère a grandi à Ingonish Beach, en Nouvelle-Écosse, où elle était l’aînée d’une famille de quinze enfants. Pour qu’elle sorte de sa coquille, la mère de Maureen l’a inscrite à des activités sportives et communautaires, comme Junior Achievement (Jeunes entreprises). C’est chez eux que les enfants du quartier se réunissaient et savouraient des repas chauds dans le cadre du programme non officiel de dîners à l’école de sa mère. La générosité qu’elle a apprise à la maison s’est perpétuée dans sa vie et son travail.
« Ma mère et ma grand-mère m’ont appris qu’il faut être gentil et généreux de son temps », affirme-t-elle.
Maureen Levy a toujours été une athlète douée. Elle a joué à des niveaux prestigieux dans plusieurs sports, où elle a aussi été entraîneuse.
Lorsqu’elle avait 14 ans, son équipe de basketball a participé à un tournoi à Regina, en Saskatchewan, où les joueuses ont eu l’occasion de visiter l’école de la GRC, appelée le « Dépôt ».
À la fin de la tournée, elle avait décidé qu’elle voulait devenir membre de la GRC.
Après ses études secondaires, elle a étudié les affaires à l’Université Dalhousie. Elle a aussi joué au hockey sur gazon et a été capitaine de l’équipe provinciale de la Nouvelle‑Écosse. Stoppée par une blessure sportive, elle a dû subir une chirurgie orthopédique majeure et faire de la réadaptation.
Elle a commencé sa carrière dans les services policiers et, le 5 avril 1988, à l’âge de 24 ans, elle s’est jointe à la GRC.
« J’ai toujours voulu aider les gens », affirme-t-elle.
Les débuts n’ont pas été sans difficulté. Après avoir obtenu son diplôme, Maureen Levy a commencé sa carrière à McLennan, en Alberta. Elle était la seule membre de sa troupe à avoir été affectée à un poste isolé. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle était la seule à avoir été affectée à un tel poste, son sergent instructeur a répondu à sa mère que c’était parce qu’il savait qu’elle était capable de « faire face à la situation ».
Certains jours, elle confiait à sa mère qu’elle voulait rentrer à la maison, qu’elle se sentait à l’écart des autres et qu’elle était découragée. Elle disait souvent à sa mère qu’elle voulait revenir à Halifax.
« Elle m’a dit : “Tu rentreras à la maison lorsque j’aurai la certitude que tu retourneras en Alberta”, se rappelle Levy. Elle m’a rappelé que c’était le rêve pour lequel j’avais tant travaillé. »
Les gens avant les grades
Après avoir servi dans le nord de l’Alberta, elle a exercé des fonctions policières de première ligne à Red Deer (Alberta). Sa carrière l’a ensuite amenée à Rankin Inlet et à Pangnirtung (Nunavut), puis à Aklavik (Territoires du Nord-Ouest), où elle a dirigé un détachement de trois membres.
Elle était convaincue qu’un bon travail policier repose avant tout sur la bienveillance, le respect et l’intégrité. Elle s’efforçait de diriger en écoutant les autres et en leur venant en aide.
« Il n’est pas nécessaire d’intimider les gens, dit-elle. Vous devez les écouter. »
Elle est devenue commissaire adjointe et a dirigé l’une des plus grandes divisions de la GRC, qui comptait plus de 2 750 employés et où elle gérait des budgets de plusieurs millions de dollars.
Au fil de son ascension dans la hiérarchie, elle a dû faire face à du sexisme, à l’isolement et à de l’intimidation, mais elle a persévéré et s’est concentrée sur les tâches qu’elle avait à accomplir.
« Je n’ai pas fait de politique. J’ai évité les commérages. J’ai simplement travaillé fort sans déroger à mon sens éthique. »
Peu importe son grade, elle a mesuré son travail en fonction de ses répercussions sur les gens.
« Je voulais favoriser l’autonomie des gens. Je me souciais de ce que je faisais, pour qui je le faisais et du fait que cela devait avoir une incidence durable. »
Lorsque sa mère a reçu un diagnostic de cancer en phase terminale en 2001, elle s’est vu accorder du temps pour prendre soin d’elle. Elle est décédée à peine 28 jours après le diagnostic. Elle dit que la GRC a pris grand soin d’elle durant cette période difficile de sa vie.
« Je garde de très bons souvenirs de mon passage au sein de la GRC, et le moment fort de ma carrière a été d’aider nos collectivités et mes équipes à prendre conscience de leur importance, et de leur montrer que j’étais là pour les aider de toutes les façons possibles. Les gens ne se souviendront peut-être pas de la façon dont vous les avez aidés, mais ils n’oublieront jamais votre attitude envers eux. »
Amener son approche en Irak
En septembre 2018, après 30 ans de service à la GRC, elle est partie en déploiement à Bagdad pour une mission d’un an au sein de la force opérationnelle interarmées multinationale dans le cadre de l’opération Inherent Resolve, une coalition internationale engagée dans la lutte contre le groupe État islamique.
Elle a été commandante du contingent de la police canadienne et première conseillère principale pour l’égalité des sexes de la coalition.
Son travail l’a mise en contact avec le ministère de l’Intérieur de l’Irak, des ONG, des organisations internationales, de nombreuses ambassades et de hauts dirigeants militaires de partout dans le monde. Elle était la seule agente de police civile au sein de l’équipe de direction de la coalition.
Son travail consistait notamment à montrer la façon dont la participation des femmes aux activités policières et de sécurité peut contribuer à renforcer la sécurité des collectivités.
Elle a abordé la situation dangereuse et instable dans un pays étranger comme elle l’a fait pour les services de police communautaires dans les petites villes rurales du Canada : en écoutant les gens qu’elle était là pour soutenir.
« J’ai toujours eu pour objectif de me rendre dans une collectivité ou un pays et de demander : "Qu’aimeriez-vous? Comment aimeriez-vous que cela se fasse? Comment puis-je vous aider?" »
Elle voulait s’assurer que le travail se poursuive au-delà de son déploiement.
« C’est leur pays, pas le mien. »
Son séjour en Irak l’a exposée à de graves dangers. Avant de quitter le Canada, elle a dû fournir un échantillon d’ADN.
« Je savais que je ne reviendrais peut-être pas, ou que je pourrais revenir blessée. »
Elle a célébré son 55e anniversaire à Bagdad. Elle vivait alors dans ce qu’elle décrit comme « la moitié d’un conteneur maritime », tandis que des roquettes sifflaient au-dessus de sa tête. Une bombe visant l’ambassade américaine située à proximité a explosé tout près, dit-elle.
« Je n’avais jamais entendu un tel bruit. »
En 2019, alors qu’elle était encore en mission en Irak, on lui a demandé de prendre la parole à une conférence internationale sur les femmes, la paix et la sécurité à Rome, en Italie. Elle y a rencontré la militante des droits des femmes Lamiya Haji Bashar, survivante yézidie de la captivité du groupe État islamique.
Entendre Mme Bashar parler de son désir de rechercher la justice plutôt que la vengeance a laissé une impression durable sur Maureen.
À cette conférence, elle a également rencontré Mirza Dinnayi, un militant yézidi des droits de la personne. Ces deux défenseurs des droits ont profondément marqué Maureen Levy. Leur engagement à venir en aide aux autres a renforcé les valeurs qu’elle avait acquises au cours de son enfance.
Apprendre à accepter l’aide
Au cours de sa carrière, elle a assumé de nombreuses responsabilités dans un environnement très dynamique et en constante évolution.
Après avoir pris sa retraite, elle a enfin eu le temps de réfléchir aux expériences difficiles qu’elle avait vécues au cours de sa carrière.
« Lorsque je servais, je n’avais pas le temps de réfléchir. Le problème s’est manifesté lorsque j’ai pu ralentir et penser. »
Elle avait du mal à demander de l’aide après avoir passé tant d’années à aider les autres.
« J’adore la GRC. Je suis membre de la génération du baby-boom, tout ce que j’ai fait, c’est travailler. J’ai donné toute ma vie à l’organisation. »
Thérapie, médicaments, massages, physiothérapie et passer beaucoup de temps à l’extérieur avec ses deux chiens – Helen, chienne policière à la retraite de 11 ans, et Archie, mélange terrier-caniche de quatre ans – l’aident à se sentir de nouveau elle-même. Elle affirme que le soutien continu et soutenu d’ACC l’aide vraiment à se rétablir, et que parler ouvertement de ses défis est devenu une partie importante de ce processus.
Encore « Mo » tout court
À 62 ans, Maureen Levy apprend à vivre plus lentement.
Elle a récemment marché plus de 300 kilomètres sur la Via Francigena (Italie), à travers la Toscane et le Latium, avant que des blessures subies pendant son service (syndrome de stress tibial et fasciite plantaire), alors qu’elle était en déploiement en Irak, ne la contraignent à s’arrêter avant d’arriver à Rome.
« J’essaie d’apprendre à ralentir », dit-elle.
Chez elle, à Surrey (Colombie-Britannique), elle trouve encore des façons d’aider les autres.
Elle siège au conseil d’administration de la Police des transports du Grand Vancouver. Le mardi soir, elle livre des repas chauds aux personnes dans le besoin. Et toutes les deux semaines, elle emmène un homme en fauteuil roulant qui a de graves problèmes de santé au restaurant A&W, simplement pour qu’il puisse sortir de la maison et avoir quelqu’un à qui parler.
Ses journées sont différentes aujourd’hui, mais elle souhaite toujours être à l’écoute des autres, les aider et faire une différence.
Malgré tous les titres qu’elle a eus et les objectifs qu’elle a atteints, elle demeure « Mo », tout court. Alors qu’elle se rétablit et réfléchit, elle est fière de son service.
« J’ai servi le Canada et je sais que j’ai fait du bon travail. »
Avec courage, loyauté et intégrité, Maureen Levy laisse sa marque. Elle est une vétérane de la Gendarmerie royale du Canada. Découvrez d’autres histoires.
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