Attention!
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Description
En 1944, le navire marchand canadien Bloomfield Park passant aux mains des Britanniques, on donne le choix aux hommes de rester à bord. Mais la plupart des hommes ne voulant pas être payés en Livres Sterling (de moindre valeur à l’époque), préfèrent attendre d’être rapatriés.
Roland Lemieux
Après avoir quitté son emploi à l’arsenal de Québec, M. Lemieux devient marin marchand à bord du vapeur Dundas; bateau de lac canadien arraisonné par le gouvernement pour l’effort de guerre. Il y fait le relais de marchandise entre les mines de bauxite des Guyanes et Trinidad et Tobago. Il passera dix mois mouvementés (noyade à peine évitée, torpillages ratés de peu, et cuites de marins) sur la mer des Caraïbes, entre l’Amérique du Sud et les Antilles. À Georgetown, en Guyana, il rencontre Papillon, l’évadé de l’île du diable connu pour son roman autobiographique, et propriétaire du Victory Café. Transféré à bord du pétrolier britannique SS San Gaspar, il se retrouve à Mobile en Alabama, où il prend un train vers Montréal. Dès son arrivée, M. Lemieux s’inscrit au dépôt d’effectifs Viger et se retrouve rapidement en formation de convoi, à bord du navire marchand Bloomfield Park, dans le bassin de Bedford en Nouvelle-Écosse. C’est le départ vers le Royaume-Uni, La Manche et la mer du Nord. À Newcastle upon Tyne, le Bloomfield Park est réquisitionné pour le débarquement. Ne voulant pas se rembarquer sur un navire à bord duquel il serait payer en Livres Sterling (de moindre valeur à l’époque), il attend un bon mois avant de pouvoir embarquer à bord du Queen Mary I, afin de revenir au Canada. M. Lemieux a servi à bord de sept navires marchands pendant ses trois années et demi de navigation de guerre.
Transcription
Pour être rapatrié au Canada là, ça prenait un gros mois. Parce que y’avait des listes d’attente dans ce temps-là, c’était épouvantable.Et puis ils nous plaçaient dans une maison anglaise et puis on était très bien traité, mais par contre, y’avait des… y’avait pas de toilettes. C’était un pot qu’y’avait… dans’chambre, et puis y’avait un espèce de compteur là qu’on mettait des Shillings dans ça là, puis ça, ça te donnais de la chaleur la nuit là, mais… c’était pas chauffé tellement.J’étais au troisième étage pis, pis j’avais un pot. J’étais réchauffé pas mal. J’ai dit : « Câlique, m’a vider ça. » J’ouvre le châssis pis je vide ça. Pis là, là, j’entendais sacrer en Anglais là, c’était épouvantable, des « God damn, who’s this… »… en tout cas je dirai pas toutes les sacres qu’y’avait, mais c’était épouvantable.Pis là (rires), là j’ai fermé le châssis tranquillement, pis t’allé me coucher pis fermer la lumière. (rires)Interviewer : J’espère que c’était juste votre petit pipi.Ah ben y’avait… y’en avait pas mal. (rires)Durant le temps qu’on était là, là, y’avait plusieurs marins qui allaient manger là, et puis dans’salle à dîner c’était marqué Jack Rabbit. J’ai dit : « Bateau ! On va manger du Jack Rabbit. » Ça fait que là, après le, après le dîner, on s’en va dans’cour en arrière, on était jeune, pour lutter. Pis en luttant, on accroche la poubelle, la poubelle se vide, pis c’était des têtes de chats. C’est ça qu’on avait mangé.Mais laissez-moi vous dire que c’est pas si pire que ça quand on le sait pas. (rires)Interviewer : Est-ce que c’est comme toutes sortes d’autres viandes, ça… tastes like chicken comme ils disent en Anglais ? Ah non… je dirais moi que… oui, oui ça peut avoir un goût de poulet. Là c’est… ou de lièvre, mais c’était pas mauvais pantoute.Ça fait que là, là, on était réellement fâché. Le cook s’est sauvé. Une chance du bon dieu, parce qu’on sautait dessus. (rires)Mais l’Angleterre durant la guerre, c’était quelque chose à voir, hein. Ça te marque quand t’as vu ça.