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Description

M. Cauchy nous raconte le jour de sa libération par les troupes soviétiques.

Jean Cauchy

À la fin des années trente, Monsieur Jean Cauchy joint le mouvement scout avec son frère aîné Louis afin de vaincre sa timidité, et c’est le scoutisme qui lui donne le goût de la discipline et de la vie militaire. Quelques années plus tard, son frère s’enrôle comme aviateur et est porté disparu. M. Cauchy s’enrôle donc aussi avec l’intention de le « venger ». Malgré de piètres résultats théoriques (les cours et les tests des écoles de pilotage de l’Aviation royale du Canada étant uniquement en anglais à l’époque), il devient pilote de talent et est recommandé comme pilote de chasse. Une fois à Bournemouth en Angleterre, une surabondance de chasseurs fait en sorte qu’il est muté comme pilote de bombardier à l’escadrille 425 (les Alouettes) le 22 novembre 1943. De l’été à l’hiver 1944, M. Cauchy, son équipage et leur bombardier Halifax nommé Doug, pilonnent les usines de guerre allemandes. Le 24 décembre, Doug est endommagé et mis au rancart. Malheureusement, lors de sa première mission avec son second avion, M. Cauchy est abattu près de Hanovre et est interné au camp de prisonniers Stalag Luft I. Environ un mois avant la fin de la guerre, le camp est libéré par l’armée soviétique, mais lui et les autres prisonniers y resteront jusqu’au 13 mai, jour où les bombardiers alliés viennent enfin les récupérer. Il est intéressant de noter que M. Cauchy a été promu lieutenant d’aviation alors qu’il était prisonnier en Allemagne; nouvelle qu’il apprendra uniquement à son retour au pays à l’été 1945.

Transcription

On était pris en sandwich, hein. Les Alliés avançaient d’un côté, les, les Russes d’un côté.Bon, on trouvait que les Russes avançaient très vite, nous autres. À un tel point que quand qu’on attendait dans les rangs là, on faisait de la gymnastique en attendant pour essayer de se réchauffer, pis on était là, on disait : « Come on Joe ! Come on Joe ! » Les Allemands, je sais pas si y’aimaient ça. Alors c’est… Joe c’était Staline ! Moi, Joe Staline pour moi c’était mon idole, dans le camp. (rire) Je trouvais qu’y’avançait vite pis ça faisait mon affaire ! (rire) Ça faisait l’affaire de tout le monde. « Maudit ! Les Alliés qu’est-ce qu’ils font ? Pis les Russes y’avancent ! Ça, eux autres sont capables ! » Ah ! Ça finissait pas.Un moment donné, le trente avril au soir, y’est arrivé un, un Russe à cheval.Les Allemands, avec leurs troupes, reculaient avec leurs prisonniers de guerre quand les Russes avançaient. Le commandant américain y’a dit : « Il n’est pas question qu’on fasse la marche. On fera pas ça. On va rester ici pis on va attendre la libération. C’est tout. » Pis sur les toits là, y’a un toit qui est écrit : POW, prisonner of war. C’est ça.Les Allemands, le trente avril aussi, nous ont, nous ont laissés eux autres, le trente avril, dans la nuit. Le lendemain, pas un Allemand ! C’qu’on a vu dans les miradors; des Russes. C’était les Russes qui nous gardaient.Les gars qui avaient été prisonniers depuis des mois et puis plusieurs années, la première chose qu’ils voulaient c’est sacrer le camp, sortir ! Aller prendre le large. Y’en a beaucoup qui ont fait ça, mais c’était interdit.Pis là y’ont demandé deux volontaires pour aller, pour aller dans la cuisine. Les deux volontaire… ben y’avait mon gars là de Montréal et puis y’avait moi. C’est correct. Y’ont dit : « Vous allez pouvoir manger c’que vous voulez. »Ah ben, moi qui aimait ça manger : « O.K. J’y va tout’suite ! » (rire) Là j’suis venu… une balloune ici, hein, c’était gonflé, hein. C’était juste du vent…Finalement, la guerre a fini le huit mai, on est sorti de là le treize. J’m’en souviens comme si c’était hier. Quand j’ai vu le premier bombardier arriver à cinq heures moins quart, et puis là ç’a été une joie énorme.Là on est parti, moi le treize, j’m’en souviens, le treize vers la fin de l’après-midi, et puis quelque… une heure, une heure et demi après, je l’sais pas quel temps exactement ç’a pris là, on était paqueté dans l’avion au bout, on était content et puis sales, très sales, et puis les cheveux longs, pis tout ça... Là on est arrivé dans le sud de l’Angleterre et puis y’avait des… dans l’aviation y’avait des femmes aviateurs, elles s’étaient toutes changer, mais habillées en civiles, avec des robes. Ça fait qu’on était… là on est arrivé dans un endroit, des grandes salles là, pis des nappes blanches là, du pain blanc sur la table, sandwichs blanches… pis c’est des femmes là, on aurait dit qu’elles faisaient par exprès, elles nous servaient le thé pis là elles se frottaient un peu avec leur robe, le froufrou là t’sais ? Ah ! Les gars venaient fous ! Là toutes les femmes étaient belles ! Oui ! (rire)

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